LE MNLA ET L'OFFENSIVE DE JANVIER
Le 17 janvier 2012, avant l'aube, le désert se met en mouvement.
Il est encore nuit sur Ménaka ( garnison des forces d'occupation malienne, non loin de la frontière avec le Niger ) quand les premiers coups de feu retentissent. Un groupe d'hommes emmenés par Abbah Ag Mossa, colonel ayant déserté l'armée malienne en juillet 2011, prend d'assaut le camp militaire. Sous des tirs nourris, les forces d'occupation reculent, abandonnant leur caserne, qui passent sous contrôle total des révolutionnaires. À quelques encablures de là, un deuxième camp militaire (celui de la Garde nationale) est attaqué à l'arme lourde.
Ce n'est pas une embuscade improvisée. C'est l'ouverture d'une offensive coordonnée, préparée pendant des mois, lancée simultanément sur plusieurs fronts à travers un territoire grand comme l'Europe de l'Ouest.
Le lendemain, le 18 janvier, à l'aube, ce sont les garnisons d'Aguelhok et de Tessalit, proches de la frontière algérienne, qui sont assiégées de la même manière. En quelques heures, l'armée malienne (illégitime, démoralisée, occupant l'Azawad depuis plus d'un demi-siècle) se retrouve débordée sur trois axes à la fois. Les renforts tardent. Les communications se brouillent. Dans les états-majors de Bamako, la surprise est totale.
Une armée que personne n'attendait
Ce qui frappe les observateurs dès les premières heures, c'est la nature de cette offensive. La force de ce soulèvement et l'utilisation d'armes lourdes, absentes des conflits précédents, surprennent les officiels maliens. Ce n'est plus comme les rébellions de 1990 ou de 2006. C'est une opération militaire structurée, dotée d'artillerie, de véhicules blindés légers, de missiles sol-air... tout l'arsenal ramené de Libye quelques mois plus tôt.
À la tête de cette machine de guerre, Mohamed Ag Najem, Assalat Ag Habbi, M'Barek Akli, Attayoub Ag Ahanga, Rhissa Ag Akli, Hassane Ag Fagaga , Alghabas Ag Intalla...parvient à fédérer trois factions touarègues locales, rejointes par une vague de déserteurs. C'est ainsi que né l'état-major général du MNLA, et le « cerveau » des attaques des 17 et 18 janvier.
https://www.jeuneafrique.com/143213/politique/nord-mali-qui-sont-les-rebelles-du-mnla/
En face, l'armée malienne révèle en quelques jours toute sa fragilité. Le 51e anniversaire de l'armée malienne est célébré le 20 janvier, mais les événements récents l'ont déjà transformé en journée de deuil national.
Le MNLA — Portrait d'un mouvement inédit
Qui est exactement ce MNLA qui vient de secouer le monde ?
Il faut insister sur ce qui le distingue fondamentalement des rebellions précédentes. Les vétérans qui rentrent de Libye sont accueillis à bras ouverts par les communautés touarègues. Mais le MNLA se veut autre chose qu'un mouvement purement militaire.
https://observers.france24.com/en/20111111-mali-return-tuareg-fighters-libya-worries-mali-authorities-government-aqmi-azawad-movement-
Il est né, rappelons-le, de la fusion entre des guerriers revenus de Libye et des intellectuels de la diaspora (avocats, militants, cadres formés en Europe).
Son secrétaire général, Bilal Ag Acherif, a 33 ans. Son porte-parole européen, Moussa Ag Assarid, s'exprime depuis Paris en français impeccable, cite le droit international, invoque la Charte des Nations Unies. Le MNLA se déclare laïc, républicain, multiethnique.
Il dit vouloir un Azawad pour tous ses habitants (Touaregs, Arabes, Songhaïs, Peuls) et non un État ethnique. Il promet de respecter les frontières avec les voisins. Il se positionne délibérément comme l'interlocuteur légitime d'une communauté internationale qui a toujours refusé de l'entendre.
C'est un discours nouveau. Un discours qui tente de sortir la cause touarègue du registre de la rébellion tribale pour l'inscrire dans celui du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Si le monde avait accepté de l'entendre, l'histoire aurait peut-être été différente. Le monde n'écouta pas.
Aguelhok : La tache qui ne s'effacera pas
Dans la chronique de janvier 2012, il est un nom qui revient avec une gravité particulière : Aguelhok.
Le 24 janvier 2012, la ville tombe. Quand les renforts maliens arrivent enfin dans la cité reprise, ils découvrent dans le camp militaire les corps de 41 soldats dans une fosse commune. Des soldats exécutés. La responsabilité exacte (MNLA seul, ou MNLA et jihadistes d'Ansar Dine agissant ensemble) ne sera jamais totalement établie. Mais les images circulent. L'indignation à Bamako est immense et légitime.
Ce massacre d'Aguelhok est une fracture. Il brise l'image d'un mouvement de libération "propre". L'Azawad paiera longtemps le prix d'Aguelhok.
La dynamique d'une conquête
Malgré cela, l'offensive avance. Le 24 janvier, les combats s'étendent avec des assauts sur Andéramboukane et Léré. Début février, le rapport de force bascule définitivement. Le 8 février, la ville de Tinzawatène tombe aux mains des rebelles, poussant les forces maliennes à se replier vers la frontière algérienne.
Kidal est désormais encerclée, Tessalit assiégée. Les soldats maliens retranchés dans le camp militaire d'Amachach, près de Tessalit, tiennent plusieurs semaines (un long siège commence). Malgré le largage de vivres par les États-Unis, le verrou saute le 11 mars 2012 : le camp d'Amachach tombe, ouvrant grand la route vers le sud.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_du_Mali
Le 22 mars : Le coup d'État qui change tout
Le 22 mars 2012, alors que les combats continuent dans le Nord, le capitaine Amadou Sanogo renverse le président Amadou Toumani Touré à Bamako.
Les putschistes croient reprendre la main ; ils ne font qu'accélérer l'effondrement. En décapitant l'État au moment le plus critique, ils brisent la chaîne de commandement des dernières garnisons du Nord. Pour le MNLA, c'est un cadeau inattendu. En moins d'une semaine après le coup d'État, les dernières résistances s'évaporent.
https://maliactu.net/mali-mali-les-grandes-dates-de-la-rebellion-touaregue-de-lindependance-a-nos-jours/
La marche vers la déclaration
Dans les derniers jours de mars, l'incroyable se produit. Pour la première fois depuis 1960, les trois capitales régionales sous occupation tombent en soixante-douze heures :
- Le 30 mars 2012, les combattants du MNLA s'emparent de la ville de Kidal.
- Le 31 mars, c'est au tour de Gao de tomber.
- Le 1er avril, la conquête s'achève avec la prise de Tombouctou.
Trois jours. Trois villes. La moitié du Mali.
Dans les campements et la diaspora, l'émotion est indescriptible. Le rêve porté depuis 1963 est là, palpable. Le 6 avril 2012, il aura un nom : l'indépendance de l'Azawad.
Sidi Ag Salim, Avril 2026
Azawad : chronique d'un peuple qui refuse d'être oublié.
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